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Les écluses à poissons oléronnaises

L’Ile d’Oléron Magazine nous en apprend un peu plus sur les écluses à poissons et leur histoire. Si les écluses à poissons ne se comptent aujourd’hui plus que par dizaine, elles restent un élément constitutif du patrimoine culturel et géographique oléronnais. Retour sur l’histoire longue de plus de quatre siècles, faite de conflits d’intérêts et de luttes d’influences.

Sur l’île d’Oléron, on comptait, vers 1870, 237 écluses à poissons réparties sur trois rangs. Aujourd’hui, il en reste 17 en activité. La mémoire de ces pêcheries demeure ancrée dans la géographie de celles que l’on exploite encore de nos jours. Une écluse, c’est un long mur de pierres sèches , bâti à même la roche de la côte, en forme de fer à cheval ouvert vers la plage. Des ouvertures grillagées – appelées « bouchauds »- permettent de laisser s’écouler l’eau à marrée descendante, et retiennent le poisson qui s’est aventuré à l’interieur du piège.  Cette pêche à pied pratiquée par les paysans de jadis, était vitale. Elle est aujourd’hui devenue un art et une manière de faire vivre un patrimoine immémorial.  Ainsi, les « mareyants » d’aujourd’hui répètent inlassablement les mêmes gestes que leurs ancêtres d’autrefois, les « écluziers ». Sous la conduite de leur « chef d’écluse », ils pêchent à tour de rôle et relèvent leurs murs face aux injures des éléments et du temps.

XVIe siècle: l’ entrée dans l’âge moderne

Partout où la côte est rocheuse, l’ourlet des dunes, repart naturel contre les vents marins, n’efface pas la solidarité historique entre le terroir des vignes et les banches rocheuses hérissées d’écluses. La terre, toute entière dédiée à l’exportation du vin, refusait jadis leur subsistance aux habitants. C’était à la côte qu’ils venaient l’arracher, par la pratique d’une pêche singulière. C’est à l’aube du XVIeme siècle que ces écluses à poissons émergent des « âges obscures ». Moyens de production que la seigneurie entendait exploiter, les écluses différaient pourtant radicalement des rangs de vigne, des salines ou des pièces de terre car le domaine sur lesquelles elles prenaient place – l’estran – a toujours été public et non seigneurial.

Du XVIe au XVIIe siècle, les écluses à poissons d’oléron furent prohibées comme élément d’une seigneurie littoral que l’Etat était décidé à éliminer afin d’acquérir la maîtrise de sa « frontière des mer ». On leur reprochait d’avoir un impact nuisible sur les stocks de poissons et d’être dangereux pour la navigation. Une fois sa victoire acquise par la mise sous contrôle de l’activité, la monarchie se fit plus accommodante. Reconnaissant les mérites économiques et environnementaux des pêcheries de pierre, à la veille de 1789, l’administration royale se contentait de contenir les appétits de la société littorale.

Ce que la monarchie absolue avait mis trois siècles a faire admettre fut balayé en quelques mois par la Révolution Française.

L’estran rocheux se mua en un territoire de compétition L’initiative, individuelle ou collective, n’avait plus qu’à se jouer des conflits de compétence entre administrations concurrentes (Marine, Pont et Chaussées, municipalités).

De la conquête de  l’estran à la bataille des pêcheries

Dans la première moitié du XIXe siècle, les nécessités nées de la guère et les opportunités liées à l’avènement de l’économie libérale donnèrent aux oléronnais les arguments nécessaires pour les lancer à la conquête de l’estran. Les constructions d’écluses se multiplièrent afin, comme toujours, d’améliorer l’ordinaire, mais aussi de livrer des quantités croissantes de poissons au marché.

Mis devant le fait accompli, l’Etat réagit brutalement sous le Second Empire: par un décret en 1853, il réaffirma le caractère illégal des constructions « en dur » sur l’estran et prononça des destructions. Au terme d’une véritable « bataille des pêcheries » (inertie, pétitions, révoltes, procès) la question des écluses à poissons trouva finalement des accommodements raisonnables.

Depuis les dernières décennies du XIXe siècle, l’activité des pêcheries de pierre, strictement encadrée, était parvenue à jouer le rôle d’amortisseur des crises des salines et des vignes (>> voir notre article sur les vignes et vignoble d’oléron). Sans les écluses à poissons et l’élevage des huîtres dans les parcs, les couches les plus humbles et les plus fragiles de la société oléronnaise auraient sans doute souffert bien davantage. Grace aux écluses à poissons, la société rurale a survécu et a pu basculer dans l’économie balnéaire et le tourisme d’aujourd’hui.

Les dernières pêcheries en activité sont autant une curiosité qu’une invitation à respecter un environnement fragile qu’elles ont longtemps contribué à préserver face aux fureurs de la mer.

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Article Paru dans : L’ile d’Oléron Magazine – 2010

Auteur: Thierry Sauzeau

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3 Responses to Les écluses à poissons oléronnaises

  1. Jacques Fabre 3 août 2012 at 19:27 #

    Intéressant. Mais une relecture sérieuse par une personne connaissant l’orthographe serait bien utile ! (une bonne quinzaine de fautes relevées…)

    • MyOleron 27 août 2012 at 23:36 #

      Au temps pour moi…
      Modifications apportées

Trackbacks/Pingbacks

  1. Pêche à Pied sur Oléron - 26 avril 2011

    […] écluses à poissons, les bouchots de moules et les parcs à huîtres sont des concessions. Seuls les ayant-droits […]

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